Qui suis-je ? Qui es-tu ?

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Qui suis-je ?

En voilà une question ! Depuis l’enfance, chaque être évolue dans un contexte, un environnement, existe dans et par le regard de son entourage, des autres, au gré de ses rencontres. L’individu évolue dans un groupe, et ce groupe a une influence directe sur le développement et la construction psychologique d’une personne.

Il y a tout d’abord la famille, ses attentes, ses projections, son histoire. Puis il y a la suite, les autres groupes : culturel, sociétal, professionnel, d’appartenance… Pour les personnes en situation de handicap, vivant de manière temporaire ou à plus long terme en institution, le fonctionnement est le même : il y a l’institution, l’unité de vie, le groupe de pairs, le regard porté sur moi par les professionnels, chacun selon sa fonction…

Comment trouver sa place dans tous ces groupes, comment s’adapter sans se perdre soi-même ? Comment vivre en harmonie avec son environnement tout en restant en accord avec soi-même ? Mais au fait qui suis-je vraiment dans tout ça ?

Quels que soient la maladie, le handicap, le fonctionnement psychologique d’une personne, le travail du psychologue reste le même au fond : aider la personne à être en accord avec elle-même et les autres. Lorsqu’il est trop difficile de le faire à l’aide de moyens traditionnels, le cheval est d’une aide incomparable pour nous assister dans cette tâche. Il va nous aider par son comportement à mettre à jour, exposer à la lumière ce qui est enfoui chez la personne, ce qui est au plus profond.

Un jour, lors d’une séance avec une personne atteinte d’une maladie chronique, à la demande « cite trois de tes défauts », cette dernière répond : « ma maladie ». Et à chaque question suivante, sur son identité, sa vie, sa personnalité, ses rapports aux autres, cette maladie revient sans cesse dans le discours. Elle explique très bien à quel point le regard porté sur elle, par sa famille, ses proches, a changé après l’annonce, comment cet événement a chamboulé sa vie, ses repères. Sa maladie a pris tellement de place dans sa vie qu’elle a pris le pas sur tout le reste, elle est devenue le centre de sa vie, au point de s’identifier à elle, et ne plus exister que par elle.

Durant tout son programme, les chevaux l’ont poussée, chacun dans sa spécialité, à se découvrir vraiment, de franchir les limites qu’elle s’était fixée, faire réapparaître sa vraie personnalité, ses qualités et ses défauts, ses désirs, ses valeurs… Le cheval lui a servi dans un premier temps d’écran de projection. Le comportement de ce dernier l’a renseignée sur ce qu’elle mettait tant d’énergie à camoufler, étouffer. Une fois passée cette étape de projection, elle a pu se réapproprier ses propres attributs et se sentir vivante, pleine, entière.

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Qui es-tu ?

Il est de notre rôle de professionnels du soin de ne pas accentuer cette perte de soi chez les personnes que nous suivons, en ne voyant plus que les troubles, la maladie, le handicap, le fonctionnement psychologique, qui prennent le pas sur qui elle est vraiment, dans notre regard. Il arrive chez certaines personnes qui ont des troubles envahissants, omniprésents, spectaculaires, graves, que nous nous laissions aveugler par ce que la personne donne à voir, au risque d’oublier qui elle est vraiment. Et le piège se referme, la personne n’existe plus que pour cela dans notre regard d’abord, et pour elle-même ensuite…

Au travers de sa relation avec le cheval, la personne va pouvoir se trouver ou se retrouver, puis se voir autrement dans les yeux des professionnels qui vont assister à ces retrouvailles. Ces professionnels vont pouvoir alors découvrir ou redécouvrir celui qu’ils décrivent au départ au travers de ses troubles du comportement. Le regard porté sur le résident évolue, il se personnifie, il est axé sur des facettes de personnalité, des capacités, des compétences, des possibles…

Après des échanges très marquants sur le fonctionnement d’une personne, que nous appellerons Michelle, nous commençons le programme à Equiphoria. Michelle arrive le premier jour, elle hurle, fuit, urine sur le sol, montre tout comme elle avait été décrite, des comportements spectaculaires et qui prennent toute la place. Michelle est l’objet de toutes les attentions. Sur son lieu de vie, elle s’automutile gravement, toujours sous le regard des professionnels, ou lorsqu’ils ne sont pas loin. Michelle devient ce qu’elle donne à voir, elle devient un monstre à force d’avoir des comportements monstrueux. Dans le discours des professionnels, on note un certain désespoir, une impuissance et surtout comme un sentiment de fatalité.

Malgré son comportement exubérant de la première visite, Michelle n’a rien raté de ce qui se passait et se souvient d’un des chevaux présents ce jour-là : Phoebus. Elle demande à le revoir lorsqu’elle revient pour une première séance. Depuis lors, à chaque séance, la métamorphose est plus forte. Michelle s’attache à son cheval et commence à montrer qui elle est vraiment : une personne douce, capable de prendre soin de son cheval, d’être attentive à ce qui se passe autour d’elle, d’exister autrement dans le regard de son entourage que comme une personne envahissante. Le cheval lui apporte des sensations corporelles d’apaisement, un rythme, une chaleur, qui vient faire rupture dans son quotidien de blessures et de violence. Elle vit son corps autrement, retrouve une sensorialité basée sur le plaisir dans la relation avec Phoebus. La relation devient alors positive, elle la nourrit, l’aide à construire et sortir du fonctionnement destructif dans lequel elle s’est installée. Elle prend de l’autonomie, fait des exercices complexes, accepte les changements de dernière minute, les nouveautés, les surprises… Elle commence à être décrite autrement, tout d’abord lors des séances par ses accompagnants qui n’en reviennent pas de la voir ainsi. Puis après la présentation des vidéos des séances sur son lieu de vie par tous les professionnels de son unité, elle est décrite autrement dans son quotidien, les professionnels remarquent des attitudes positives. Michelle se vit autrement, elle se construit et ne peut le faire que si on lui laisse la possibilité de le faire, en la voyant telle qu’elle est vraiment et en l’encourageant à développer son potentiel au lieu de se détruire. Tout est dans le paradoxe, comme le dit Jung. Créativité et destructivité vont ensemble. Si elle est capable d’autant de destruction, il suffit de l’aider à faire émerger en elle ses capacités créatives pour l’aider à sortir de ce scénario.

Et le processus est le même avec les familles. Nous débutons un programme famille après avoir testé un programme pour un jeune de Sessad, présentant un TED. Ce jeune, que nous appellerons Bertrand, ne venait pas en séances lorsqu’il était angoissé, car sa mère ne se sentait pas de le forcer à venir, s’il ne le souhaitait pas. Nous décidons, en commun accord avec la psychologue du sessad, de proposer un programme famille, c’est-à-dire que la mère participerait aux séances de son fils.

Bertrand, dans son travail avec les chevaux, se découvre des compétences qu’il ne soupçonnait pas. Ou du moins qu’il ne mettait pas en avant. Il persévère, cherche à trouver des solutions et surtout fait preuve d’une finesse d’analyse et de perceptivité assez incroyable pour son jeune âge. Sa mère assiste à tout ce qui se passe, aux moments de réussite, mais aussi aux difficultés qu’il rencontre et qu’il affronte avec beaucoup de véhémence et de courage. Ce qui se passe entre les chevaux et Bertrand ont été l’occasion d’’échanger avec sa mère sur le quotidien et qui est Bertrand au fond. Tout comme les professionnels dans l’illustration précédente, elle ne voyait Bertrand qu’au travers de ses limites, de ses difficultés, de ses faiblesses, ce qui la plaçait en position de mère protectrice à son égard, et lui en position de victime, d’enfant fragile. C’est en voyant son fils travailler sur lui-même avec les chevaux qu’elle me dira par la suite : « ce qui m’a le plus marqué, c’est la force et la détermination qu’il a. Je ne le vois plus comme quelqu’un de fragile ». Cette prise de conscience a permis à Bertrand de pouvoir enfin mettre à jour ses compétences, de tester ses limites et de finir par apprécier les défis, lui qui les fuyait auparavant, et à sa mère de le laisser explorer ses possibilités sans interférer, de le laisser se développer et grandir.

Delphine

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